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Koople is hype. Cloque is not.

En bref, trouvez une copine et sortez couverts, pendant que je garde mes habitudes de célibataire séducteur encroûté avant l’âge légal.

Presque cinq mois que j’avais abandonné l’écriture de ce blog - à peine entamé et designé que je suis passé à autre chose. Et ça fait encore plus de temps que je me promets intérieurement (sans jamais trouver le temps de le faire) que je vais passer rue de Rennes voir la boutique la plus branchée du moment, qui a remis le couple à la mode et inonde les murs des stations de métro et les pages de Gentlemen’s Quaterly avec des pubs moins niaises que d’habitude.

Les Kooples.

Visuellement, c’est comme toute nouvelle tendance, ça déboîte sa mère, dirait élégamment un de mes camarades de cours. La suite est moins rose. Première chose, c’est tout de même très cher pour ce que c’est. Ces coupes ultra-slim, ces cintrages androgynes de trenches, c’est du vu et revu depuis deux ans. On retrouve les mêmes - en moins bon état, reconnaissons-le - sur les rayons de Kiliwatch ou Royal Cheese depuis six mois. Autant dire que ça commence sérieusement à sentir les mites.

C’est tout ce que j’ai à redire, malheureusement. Les coupes sont complètement à côté de la plaque. D’un autre côté, c’est le concept même de la boîte et ça marche comme sur des roulettes : à mon passage, en fin de soldes, j’ai dû me contenter de quelques pulls et d’un trench à revers pour alimenter mon article.

Le tissu est de grande qualité - je suis tombé sur un gilet en cachemire à col châle avec des coutures d’épaule à en baisser les bras, mais on s’y attend. Le vrai point fort et l’originalité de cette boutique, c’est qu’elle remet avec bonheur au goût du jour des tendances oubliées depuis la fin des années 70. La charmante (dans tous les sens du terme) et très professionnelle vendeuse a eu la gentillesse de me montrer un détail que je n’aurais sans doute pas remarqué tout seul : des boutonnières. Vous me direz, ce ne sont jamais que des boutons. Mais ceux-ci sont coulés puis cousus à la main. Ils se présentent par rangées de quatre ou cinq (sur les manchettes ou les revers de veste, ce qui donne un effet vintage un peu “marin XIXe” très bien) et ne sont jamais vraiment les mêmes. Ce sont d’infimes détails qui les différencient - on pourrait appeler ça des défauts de fabrication - mais c’est ce qui fait le vrai charme de la collection des Kooples. Leur collection entière est fabriquée à Savile Row. Chaque pièce est donc unique - un aspect général similaire, bien sûr, mais on retrouve toujours cette différence de coutures ou de boutons.

J’ai eu un vrai faible pour un manteau droit à haut col, noir, qui dégage une réelle impression de fluidité malgré sa coupe sobre, presque austère. Mes finances d’étudiant étant ce qu’elles sont, même en soldes, il était malheureusement au-dessus de mes moyens. Bref, si vous avez un peu d’économies dans votre bas de laine, foncez chez les Kooples pour dévaliser ce qui reste. C’est en train de devenir une valeur sûre, au même titre que Bill Tornade il y a trois ans, et les prix vont monter en conséquence.

Poursuite de l’après-midi chez un bon ami rue de Sèvres, où on se fait un before-party, party annulée en fin de compte. Deux nanas dans la même (ex- pour moi) prépa d’art se pointent vers 21h, une brunette avec des cheveux bouclés, mignonne, et une perche d’1,75m avec une coupe façon Sophie Marceau dans la Boum avec un look d’enfer : veste bleu nuit à revers étroits avec pans mi-cuisse, slim bleu, chemise à col ouvert et pendentif. Il se trouve que Chloé - le prénom qui va bien - a posé pour les pubs des Kooples et est encore plus au fait que moi des tendances hype. Je pourrais avoir l’air un peu con : un fashionista critique de mode amateur recalé par un mannequin sur son propre terrain, mais derrière un beau physique, elle cache de vraies sensibilités artistiques. On s’est disputés avec ardeur pour savoir si les Beatles étaient de la pop ou du rock, puis elle a presque réussi à me convaincre avec des théories sur l’optimisme - ce que moi j’appellerais réalisme, mais c’est une autre histoire.

Bande-son de la semaine : We are Prostitutes (Crookers remix) - Adam Sky vs Mark Stewart